Partis sous spi dans la Rade de Brest dans les vingtièmes, un mauvais choix de bord les fait dégringoler au classement. Bien qu'au-delà de trente à la sortie de la Rade de Brest, la motivation est intacte: la pleine mer s'offre à eux et à leur appétit d'en découdre et de se battre jusqu'au bout. Cent quarante milles nautiques tambours battants, au large. Sur des courses de ce format, il y a un temps pour les régatiers, les marquettiers, les ciseleurs, un autre pour les artistes du bloc brut, les tailleurs dans la masse, cals aux mains et lèvres sèches. Reaching, fort vent, à la barre, glisser, glisser dans les rafales, et tenir, la nuit entière s'il le faut. Il le faut. Sous grand-voile et génois, parce qu'il est impossible de tenir le spi dans ces conditions. Plus de huit noeuds de moyenne, autant dire neuf ou dix noeuds au vent de travers jusqu'à Saint-Nazaire. Le vent est toujours fort, c'est sous solent ensuite qu'il remonteront vers Piriac-sur-Mer. A ce jeu de cogneurs, l'équipage d'Entreprendre réalise une fort belle coupe. Neuf places gagnées dans la nuit, pour une arrivée en 21ème position, à mettre en perspective avec le retard accumulé au départ. Même si ça ne change rien au classement général, la manière vaut ici plus que le résultat aux points. Après la Rade, la mise en route passée à régler la machine, Matthieu et Alexandre ont fait feu de tout bois, dans des vitesses au reaching comparables aux meilleurs. Ils étaient dans la course et ils ont tenu physiquement. «Même si on sait faire, ça fatigue quand même un peu» a confié Matthieu après la course. Encore un jour dans le vent, 20 noeuds et des zig-zag entre les îles pour rejoindre La Trinité-sur-Mer. Vont-ils se battre? Qui peut en douter?

Guy Mercadier Crédits photos B. Stichelbaut. GM