L'ETAPE D'USURE

La bataille d'usure, avant dernier parcours du Tour de Bretagne, a commencé ce matin à 9h38. Cent soixante dix sept milles de vent plutôt fort, pour l'essentiel au prés, c'est demain matin qu'on comptera les points... et les bosses. Sur le site de la course, Matthieu évoque sa fatigue de fin de saison. Il ne doit pas être le seul. L'étape sera dure.

Sur les fichiers météo, 15 à 20 noeuds établis, c'est quelques noeuds de plus sur l'eau et comme c'est au près, vent venant de trois-quart face, peut-être 25 noeuds de vent apparent. Les haubans et les oreilles sifflent, les écoutes sont bien tendues; pour descendre et évoluer dans le bateau, il faut se tenir partout. Si le clapot est de la partie (probable), le bateau tape dans chaque vague, c'est l'inconfort, l'humidité, les douleurs dans le dos assurés. A environ 7 noeuds de vitesse au prés, plus de 24 heures à ce régime. On trouve le temps un peu long... Et puis il y a quand même du travail. Pas les cogitations des premières étapes, ou la gymnastique d'hier en Rade de Brest. Non, du travail de forçat, des changements de voile devant (génois ou solent, solent ou génois?) et tous les petits gestes devenus plus lents et plus pénibles. Quand vient la nuit, que seules apparaissent les petits lucioles des gouttes qui s'écrasent sur le pont, et le vague halo des répétiteurs en pied de mat, dans un bruit de ressac que rien n'arrête, on se dit qu'on est vraiment ailleurs. Aussi étonnant que cela paraisse, on peut trouver du plaisir à cette confrontation avec les éléments. Entreprendre a pris un assez bon départ, 21ème après la bouée de dégagement. Lors de la phase sous spi pour s'extraire de la Rade de Brest il a perdu 9 places. Mais à Cap Caval (Pointe de Penmarc'h, pointe sud du Finistère) à 17 heures, voilà nos deux compères qui ont remonté cinq concurrents en 4 heures. S'ils ont vraiment la vitesse, s'ils tiennent le coup, s'il n'y a pas de casse, la nuit qui vient sera une vraie et belle bagarre.

Guy Mercadier