C'est que l'on n’imagine pas ce qu'un tel projet requiert de compétences, de savoir-faire et de remises en question. Les logos des entreprises sur les coques peuvent donner à penser que les skippers se reposent sur des organisations d'envergure et se consacrent exclusivement à la navigation et à quelques opérations de communication. En réalité, si la course au large est un des sports les plus médiatiques, elle vit quotidiennement très loin des structures et de la puissance des autres sports qui occupent avec elle les premières places du podium médiatique.

Dans la très grande majorité des cas, le skipper est aussi -avant tout?- un chef de petite entreprise. Intéressante perspective pour qui aime toucher à tous les aspects d'un projet sportif, humain, technique, médiatique, commercial... mais véritable casse-tête quand il s'agit d'être très impliqué dans tout et suffisamment détaché des contingences gestionnaires pour se consacrer à la performance sportive. Le plan de communication, la gestion du bateau et la logistique des courses, les relations avec les partenaires, la préparation physique, la recherche de financement, la formation technique, sont autant d'aspect qui font l'intérêt et la complexité de la démarche. Qui en renforcent aussi la ressemblance avec la réalité quotidienne des entreprises ils portent les couleurs.

Quand l’engagement commun s'inscrit dans la durée, le résultat sportif est toujours sensiblement à la hauteur de l'investissement financier. Mais ce qui fait souvent la différence sur l'eau c'est un skipper tout à sa navigation. Confiant dans la préparation et son équipe. Et qui dès lors laisse libre cours à son talent et à ses compétences. Ce n'est pas le moindre paradoxe de la course au large en solitaire d’être tout sauf un parcours solitaire. Dans ce sport, un talent ne s'exprime que dans la durée, avec des moyens adéquats et une équipe pérennisée.

C'est le défi de Matthieu pour les mois qui viennent que de transformer le joli essai marqué pendant cette solitaire. Et ce n'est certainement pas le plus facile à relever.

Guy Mercadier